La BD, un art majeur selon Burne Hogarth

La BD, un art majeur selon Burne Hogarth

Voici ce qu’écrivit Burne Hogarth, Co-Directeur de la School of Visual Arts à New York en 1967 déjà.

Jamais comme de nos jours, et avec tant de science, on n’a écrit sur les formes visuelles créées par l’humanité. Parmi ces formes, aucun art d’aucun genre, passé ou présent, ne peut surpasser en quantité la production de la bande dessinée. On s’attendait à quelque rapport entre le volume énorme de la littérature critique récente et l’impressionnante présence d’un art aussi productif. Or, il n’en est rien. Avec quelques exceptions notables, on se heurte à une pénurie d’évaluation historique, esthétique ou philosophique au sujet de la bande dessinée en tant qu’art, et quant à sa place devant l’évolution culturelle.

Quelle peut être la raison de cette pauvreté ? Pour quelque motif obscur, il y a, parmi les cercles informés, en particulier ceux qui déterminent l’appréciation des arts, anciens et acceptés ou nouveaux et acceptables, une indifférence, et même une ignorance volontaire envers la bande dessinée. Pour certains mandarins, quand on discute d’art et de goût, mentionner seulement les mots « cartoon » ou « bande dessinée » déclenche une réaction de dédain, sinon de mépris. Ces mots semblent pernicieux en eux-mêmes, suggestifs d’un art avili. Dans un autre secteur, certains des tenants du Pop’Art, le groupe qui aime à utiliser des images de bandes dessinées comme archétypes de la culture de masse, rejettent tout rapport sérieux avec la bande dessinée dans son état original ; ils ne font pas des cartoons, mais de l’Art.

Quel est donc cet art réprouvé qui dérange tout le monde ? Peut-être n’est-ce pas un art, après tout, quoique ses fidèles et ses techniciens n’arrivent pas à une définition satisfaisante, plaçant la bande dessinée dans des rapports définis avec l’art traditionnel. Certains diront qu’il ne s’agit pas purement d’un art puisqu’il dépend en partie de son contenu verbal, et pourrait bien être ainsi une sorte de littérature.

Mais est-ce vraiment une littérature alors qu’il renonce souvent à toute expression verbale, utilisant seulement le geste, l’expression, le mouvement ? Ressort-il du drame ? Dans ce cas, quelle place accorder à ses valeurs formelles, à la représentation et à l’abstraction, à ses caractères artistiques et esthétiques, à son imagerie, à sa calligraphie ? Ceux-là ne relèvent pas du théâtre. Et pourtant, dans tout cela, nous pouvons trouver le comique et le tragique, l’aventureux et le romantique, le prosaïque et le poétique.

La bande dessinée est tout et rien de cela. Elle est contradictoire et paradoxe, chose qui ne finit pas et change de définition, patrie du conformisme et rebelle. Examinez bien cet art. Vous y trouverez la lumière et l’ombre, la vérité recherchée et le côté sombre de nous-mêmes.

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