ERRO : mon maître spirituel !

Rencontre avec mon mentor artistique

Lors de notre première rencontre, c’est presque deux générations qui nous séparent : j’avais quarante trois ans et Erró quatre-vingt. C’est par l’intermédiaire de Philipp Hugues Bonan (dit PHB), portraitiste de peintres contemporains (présents notamment dans l’art urbain) que nous nous sommes vus pour la première fois. Nos conversations bien évidemment se sont tournées très rapidement sur nos techniques et c’est avec grande facilité et aucune réticence que nous avons pu aborder avec détails nos astuces et pratiques artistiques.

Depuis, ce jour j’ai eu bien des occasions de lui montrer les outils informatiques que j’emploie pour la conception de mes œuvres. A la vue de mes réalisations, il m a d’emblée encouragé pour exposer davantage auprès des galéristes et me faire ainsi mieux connaître sur le marché de l’art.

Depuis mes vingt ans, Erró est la figure emblématique dont je suis l’actualité, les expositions. Il a été et est mon égérie pendant toutes ses années.

Il est pour moi un plasticien hors pair qui sait mixer différentes techniques et différents courants artistiques pour exprimer au mieux son message auprès du public. Son parcours est complet et ses connaissances inégalables.

Deux parcours distincts vers une même passion picturale avant-gardiste

Notre point commun est la passion pour l’art moderne et contemporain mais aussi pour la scénographie et la figuration narrative. Nous avons tous deux la vision d’un discours engagé par rapport aux excès de notre société de consommation.

Mais nos chemins se sont croisés tardivement en raison de parcours totalement différents : Erró, dès son plus jeune âge connaît sa destinée d’artiste alors qu’il m’a fallu attendre d’avoir trente ans pour prendre un nouveau virage et oser aborder un univers nouveau et peu accessible, celui de l’art pictural en prenant des cours de dessin à l’École nationale supérieure des Beaux-Arts de Paris. Après un séjour aux States pour mieux m’imprégner des courants artistiques existants du moment notamment l’art urbain et le Street Art alors naissant, je trouve un atelier à Bruxelles qui me permet enfin de prendre mon envol et de m’épanouir enfin sur le plan artistique.

Erró, quant lui, fait son apparition sur la scène de l’art moderne dans les années soixante à Paris. Avec ses confrères, Peter Klasen, Hervé Télémaque ou encore Valerio Adami, Erró a participé à ce nouveau courant artistique appelé en France « figuration narrative ». Comme son nom l’indique, il s’agit au travers d’images de raconter une histoire, de témoigner sur certains sujets de son temps ou de dénoncer les excès humains.

Mas avant son arrivée à Paris, il faut savoir que Erró (Gudmundur Gudmundsson de son vrai nom) est né en Islande en 1932. A l’âge de 17 ans, il entre à l’école des Beaux-Arts de Reykjavík. Au bout de deux ans, après avoir obtenu son diplôme de professeur d’Art, il complète sa formation (très empreinte d académisme) en Norvège par l’apprentissage de la gravure, de la fresque et de la peinture à Oslo. Et c’est à l’ âge de 23 ans en Italie à Florence qu’il organise sa première exposition dans une galerie d’art. C’est trois ans plus tard qu’il s’installe en France et se fait remarquer dans ce nouveau courant qu’est la figuration narrative.

Avec un tel parcours et autant de talent, Erró ne pouvait rester dans l’ombre des grands artistes bien longtemps. De son parcours digne du compagnonnage, notre peintre a eu tout le loisir de pratiquer l’art pictural des grands peintres sous tous ses formes : la gouache, la peinture à l’huile sur toile et bien d’autres. Mais sa curiosité l’a incité à explorer davantage et à se tourner vers la technique mixte sur toile mais aussi sur d’autres supports comme le bois.

Une technique picturale controversée……

Il m a fallu persévérer pour être reconnu. La technique du découpage-collage est mal perçue déjà à l’époque de Braque ou de Picasso, elle a une connotation enfantine et les a priori lui font du tort.

La bande dessinée, reconnue tardivement comme un art à part entière est également un obstacle pour les critiques d’art qui se prévalent d’un certain académisme. L’usage des deux, a fortiori, est donc un frein auquel que j’ai dû me confronter. Ainsi, certaines pratiques artistiques traditionnelles comme l’utilisation de la gouache, de la peinture acrylique sur toile ou encore de la peinture à l’huile sur toile sont encore jugées « nobles » a contrario des techniques mixtes qui permettent pourtant un mode d expression plus efficace et accessible auprès du public.

Notre positionnement artistique face à nos prédécesseurs, comme les impressionnistes par exemple, permet de nous définir, Erró et moi, comme faisant partie des artistes contemporains français. Mais ce seul descriptif ne permet pas à lui seul de nous démarquer des différents courants existants portés par les œuvres abstraites de Soulage ou de Vasarely ou encore les réalisations cubistes de Juan Gris ou de Picasso (à travers Guernica). De même, nous ne relevons pas du mouvement Pop Art, où domine l’artiste Andy Warhol, qui emploie des techniques différentes aux nôtres pour affirmer son génie dans sa peinture figurative.

De même l’artiste Jean-Michel Basquiat, parrainé par Andy Warhol et qui symbolise l’art de la rue, n’employait pas les mêmes techniques au service de son discours autobiographique.

Mais assumée au service d’un message commun

Les œuvres d Erró, comme les miennes, ont le retour positif qu’elles méritent car elles sont en lien direct avec les préoccupations de nos contemporains (violence, bombardements, critiques politiques et sociales). Nous sommes les témoins et les narrateurs de notre époque avec des techniques artistiques qui sont proches de notre public et de leur vision.

C est bien sûr l’art de la rue qui m’a le plus fortement inspirée dans mes créations comme dans celles d Erró, mon maître spirituel. La figuration libre mais aussi narrative est notre moyen de communiquer à tous deux. Il nous faut composer au travers de techniques actuelles (feutres, aérosols) et de supports différents (extrait de journaux et de bandes dessinées ou de manga, découpage de photos) pour nous exprimer. Notre style et son originalité permet d’être reconnaissable entre tous.

Ce qui fait la spécificité d’Erró est qu’il fonctionne dans sa production sous forme de « séries ». Après avoir collecté les images et autres supports relatifs à un même thème, il cherchait à exprimer au mieux des dispositions un discours cohérent et efficace. Le mélange des genres, des styles et l’ajout d éléments anachroniques (extrait d œuvres de Delacoix, de Fernand Léger ou Picasso) permet d’apporter un aspect décalé qui lui est reconnaissable.

Nos expositions temporaires, vernissages et rétrospectives

Outre de très nombreuses expositions à travers le monde et à des périodes différentes de son parcours, plusieurs rétrospectives ont été consacrées à celui qui m’a inspiré des années durant. À titre d’exemples, je citerai celle de 1985 au musée d’art moderne de la Ville de Paris et celle de 1999 à la galerie nationale du Jeu de Paume. En juin 2001, c est au tour de la ville de Reykjavík de lui rendre hommage au travers d’une grande rétrospective dédiée à sa Collection.

En 2005 et 2006, ce sont l’Espagne avec le Musée d’art moderne et contemporain de Palma de Majorque, l IVAM à Valence et l’Alcalá 31 à Madrid, ainsi que l’Allemagne avec le Mannheimer Kunstverein qui rendent hommage à Erró au travers d’expositions rétrospectives.

Quant à ma première exposition, elle fut réalisée dans une galerie en France en 2009. Face au succès et à l’engouement rencontrés par rapport à mes réalisations empreintes de références au passé et à l’actualité, je bénéficiais alors d’une présence exclusive pendant plusieurs années.

Un an après, c’est du côté de Monaco que j’expose avec « Bad Joke » puis c’est au tour de Saint-Etienne où je présente ma collection « Spark au carré ». En 2012, ce sera l’occasion pour moi de retourner aux Etats-Unis où j’expose à New York. A la galerie Berthéas, je rejoins d autres artistes connus lors de l’exposition collective d art urbain, intitulée « Graffiti Group Show ».

A travers le monde (au Maroc, à Bruxelles, à Paris, en Allemagne ou en Grèce), les galeries d’art exposent nos œuvres.

Benjamin