Benjamin Spark par Aymeric Mantoux

Si Benjamin Spark n’existait pas, il faudrait l’inventer. D’abord parce qu’en tant qu’artiste, à
la croisée de plusieurs générations, il porte un regard plein de poésie, d’humour et de
couleur sur les choses, mais aussi parce que c’est l’un de ces êtres humains dont la
fréquentation vous rend heureux et optimiste sur le monde qui vous entoure. Ca c’est le
deuxième effet Kiss Cool de l’artiste. Mais ce n’est pas la moindre.
Revenons un instant à nos moutons. Fan absolu de bande dessinée, de la ligne claire propre
au plat pays, au comics d’outre-atlantique, en passant (dans une moindre mesure) par les
mangas du pays du soleil-levant, Spark a été nourri enfant aux super héros et au pop art. IL
ne s’en est jamais remis. Heureusement (ou malheureusement pour d’autres), il ne s’est
jamais senti l’âme d’un bad boy et a rapidement renoncé à recouvrir les murs du métro
parisien de son adolescence, d’abominables lettrines mal taguées la nuit. S’il s’est fait un
blase (chapeau l’artiste), c’est bien avec ses toiles et ses pinceaux, de la façon la plus classique
qui soit, dans une figuration ni libre ni narrative mais qui en avait bien absorbé les codes.
Ceci à tel point que le maestro Erro, 86 printemps cette année, ne s’est pas fait prier pour
signer la préface de sa monographie en 2015 et reconnaît Spark comme son héritier et l’un
de ses rares descendants artistiques. S’il revendique clairement cet héritage qu’il voit
comme une bénédiction, Benjamin Spark qui a fait ses humanités, comme on disait sous la
IIIè république, n’en oublie pas pour autant les maîtres. Peindre au XXIè siècle sans négliger
d’où l’on vient ni omettre d’honorer les anciens et de toujours tirer des leçons de leur
expérience, c’est le credo de l’artiste. Picasso, Cézanne, Matisse, les modernes autant que
les classiques ont leur place au Panthéon personnel de Spark. Qui ne dédaigne pas plus une
exposition sur Brueghel l’ancien que sur Batman. Un éclectisme qui peut parfois
déconcerter.
Il n’y a pas si longtemps, Benjamin Spark dont la réputation de peintre officieux des super-
héros n’est plus à faire, a voulu se départir de ses oripeaux « pop fusion » pour voguer vers
des horizons plus conceptuels. S’inspirant du graphisme en voie de disparition des unes de
journaux façon Herald Tribune (tendance Godard) ou Wall Street journal et de leur
typographie furieusement dix-neuviémiste, il a multiplié les incursions sur papier (marouflé,
collé, brûlé, peint…), ou sur bois, retravaillant les titrailles, les polices et les transposant en
signes noir et blanc plus difficiles d’accès pour son public. Il faut se réjouir aujourd’hui de son
retour à ses premières amours, la période ayant été particulièrement féconde, et ses
multiples recherches contribuant à irriguer aujourd’hui un travail totalement renouvelé. Les
formes, les gestes, les compositions sont encore mieux maîtrisées que par le passé, en
témoignent les toiles de cet accrochage. « Générations », on ne pouvait trouver mieux pour
illustrer la parfaite conjonction de Benjamin Spark avec son époque. Un pied dans le XXè
siècle, un pied dans le XXIè, les racines baignées par un certain classicisme pictural, et le
regard fixé vers l’horizon, vers l’avenir. N’en déplaise à certains pisse-froid que la grammaire
de ses images, que son vocabulaire dérangent, sans doute beaucoup parce qu’il plaît tant au
public, Benjamin Spark est un artiste sur lequel il faut compter. Tous ceux qui s’en inspirent,
également, le savent, et Dieu sait s’ils sont nombreux. Hélas ils ont rarement son talent.

Aymeric Mantoux
Editeur
Editions Cercle d’Art